D’après BFM TV, l’année 2021 sera une année neutre dans le domaine du recrutement. Pourtant, cette année 2020 a accéléré la transformation digitale des modèles RH traditionnels. Dans le domaine du travail temporaire, certains acteurs historiques résistent aux bouleversements numériques. Ils dénoncent le manque de contrôle des candidats, la difficulté à détecter correctement les softs skills ainsi que le manque de proximité intérimaires / agences.

Pourtant la concurrence entre agences s’accroît et les pousse à développer de nouveaux modes de recrutement et d'organisation. Pourquoi l’intérim doit désormais démultiplier les candidatures ? Quel impact a eu le digital sur le domaine du travail temporaire ? Comment se portera ce secteur l'année prochaine et d'ici 5 ans ? Voici les tendances et les perspectives du domaine du travail temporaire.

L’évolution du domaine du travail temporaire depuis 10 ans

L’intérim a subi une transformation radicale en l’espace de 10 ans. Grâce à l’apparition du digital, la stratégie des agences s’est axée autour de la fidélisation de son personnel.

Des bouleversements structurels

Au fil des ans, les agences ont perdu petit à petit leur rôle d’intermédiaire en n’assurant plus une relation directe mais en se substituant au profit du numérique. Qui plus est, trois secteurs d’activités dominent : Le BTP, l’Industrie et le Tertiaire. 46 % des intérimaires travaillent dans le tertiaire et 32 % dans l’industrie1. Le secteur industriel tend à se fragiliser depuis une dizaine d’années au profit des emplois plus qualifiés.

Les outils digitaux accroissent la concurrence

La digitalisation des processus permet d’offrir aux clients un service financièrement plus attractif grâce aux économies d'échelles réalisées par l'automatisation des tâches. Ces outils rendent également les recruteurs plus réactifs et disponibles face aux différentes demandes. Historiquement, le secteur de l’intérim ne subissait que très peu de concurrence à l’exception d’une concurrence entre agences dont les modèles étaient tous similaires. L’apparition du digital, des pures players, ainsi que l’ouverture à de nouvelles opportunités de croissance, a amplifié cette concurrence. Avec le digital, différents modèles se sont d'ailleurs imposés :

✔️ Les agences historiques qui gardent leur agence physique
✔️ Les acteurs qui utilisent le digital pour certaines tâches
✔️ Les agences qui ont adhéré au 100 % digital (1 % des agences en France2).

Ensuite, les nouvelles plateformes s’adressant aux freelances dérobent à l’intérim une partie de leurs potentiels candidats. Ces plateformes sont de plus en plus sollicitées au détriment de l’intérim, notamment par les jeunes qualifiés qui n'hésitent plus à se lancer en indépendant. Elles proposent certains avantages similaires au travail temporaire : Choix des missions et flexibilité du temps en travail.

Le digital pour pallier les problématiques de recrutement

L’une des principales difficultés pour l’intérim est de recruter vite et bien. D’après le site de Pôle Emploi, 15 % des annonces d’intérim sont en ligne depuis plus d’un mois. Très peu d’agences réussissent à trouver de nouveaux intérimaires en l’espace de 24 heures. C’est là où la digitalisation du processus de recrutement prend toute son importance. Elle permet à la fois de toucher plus de candidats potentiels (avec la multi-diffusion des offres par exemple) mais aussi de mieux les cibler (grâce à l'intelligence artificielle notamment), tout en leur proposant des moyens de communication adaptés à leur comportement (application mobile pour postuler, signer des contrats...).

Les perspectives de l’intérim de 2021 jusqu'à 2025

D’après une étude de Xerfi, le recrutement 100 % digital restera marginal encore quelques années. Mais il représentera 4 % à 7 % du marché total de l’intérim d’ici 2022. Les emplois à fort turn-over seront les premiers ciblés : Hôtellerie-restauration, BTP, Transport. Et pour être conforme aux souhaits des intérimaires, la stratégie principale des groupes de travail temporaire s’axera autour de la recherche d’agilité et de flexibilité des processus et des missions. Les plateformes proposant des offres pour les indépendants seront cette fois-ci, concurrencées.

Les secteurs d’activités et les métiers qui vont émerger

Dans le BTP, les entreprises peinent encore à recruter. 75 % de celles-ci déclarent éprouver des difficultés de recrutement contre 50 % dans l’industrie qui éprouve également quelques obstacles depuis les années 2000 au profit du tertiaire. Certains métiers tels que les services à la personne ou la santé ne cessent d’émerger dû au vieillissement de notre population. Par ailleurs, du fait de son fort taux de turn-over, l’hôtellerie-restauration ne cessera également d’embaucher. Une fois la crise liée à la Covid-19 passée, ce secteur sera un point central de la stratégie des agences. Le possible renouvellement des employés engendrera des besoins récurrents. Une aubaine pour les agences.

Les solutions en termes de métiers et de formations

Si le secteur de l’intérim veut concurrencer les plateformes proposant de l’indépendance, il faudra qu’elles puissent être en mesure de proposer plus d’emplois qualifiés aux candidats et plus de candidats diplômés aux entreprises utilisatrices. Les métiers du conseil, de la comptabilité, des activités juridiques3(compliance), de l’IT (développeurs) sont des professions d’avenir dont les profils ont tendance à se tourner vers l’indépendance ou le CDI car ils ne perçoivent pas forcément en l’intérim, une alternative viable. Il y a donc une revalorisation des postes à envisager. Et pour pallier cette potentielle pénurie de main d’œuvre, l’intérim va devoir axer sa stratégie vers une offre de formation adéquate et personnalisée. Elle devra prendre en compte le potentiel de chaque intérimaire afin de les rediriger vers des professions d’avenir.

La souplesse et la flexibilité du travail

La digitalisation de l’intérim va permettre de toucher une nouvelle génération de travailleurs intérimaires : Les Millénials. Si l’intérim réussit sa transformation digitale elle pourrait être une nouvelle alternative à ces candidats qui souhaitent plus d’indépendance et de fléxibilité vis-à-vis de leur employeur. Ainsi, l’intérim est susceptible de répondre aux changements des habitudes des travailleurs. D’ici 2025, il ne sera plus rare de voir un salarié avec plusieurs emplois ou travaillant pour plusieurs entreprises. L’opinion des salariés va même devenir de plus en plus importante. Chaque agence devra travailler minutieusement sur sa stratégie de communication et de valorisation de sa marque employeur pour rester attractive4.

Différents modèles d'agences temporaires vont voir le jour

✔️ Les acteurs qui veulent conserver leurs agences physiques mais qui proposent certaines solutions digitales (en proposant leur propre offre ou en s’appuyant sur celles des pures players).
✔️ Les acteurs qui vont axer leur stratégie vers une digitalisation à 100 % de leur processus.

Quelles futures évolutions technologiques ?

De nombreux outils sont à disposition des agences d’intérim afin qu’elles puissent rester compétitives. Alors qu’on ne prévoyait pas de coup d’accélérateur de ces plateformes avant 2022, la crise sanitaire et économique de 2020 a permis aux start-ups du digital de monter en flèche. Les agences d’intérim se sont tournées vers ces nouveaux outils afin notamment de pouvoir travailler à distance.

On peut ainsi prévoir que les acteurs clés de l’intérim s’associeront de façon croissante avec d’autres entreprises, leur permettant de compléter leur modèle traditionnel :

✔️ Les pures players du digital. Ces start-ups proposent des alternatives au recrutement et à l’administration du personnel et permettent avant tout d’aider les agences d’intérim dans leurs tâches les plus chronophages. Elles proposent également de nouvelles alternatives qui ont été très utile en 2020 :  les entretiens en vidéo différée et les entretiens en visio conférence.

✔️ Les entreprises généralistes du recrutement en ligne. Appelées les « jobboards », ces entreprises proposent des CVthèques de candidats disponibles immédiatement sur le marché. Selon certaines conférences RH, les jobboards ne sont pas soumis à un avenir prometteur du fait de l’apparition de nouveaux canaux. Disparaîtront-ils totalement des radars en 2025 ? Il est évident que les gros acteurs (Indeed, Monster, Cadre emploi) vont devoir adapter leur offre. Pour ce faire, il leur faudra attirer un plus gros volume de candidats : Ceux qui en attireront le plus pourront durer.

✔️ Les entreprises utilisant la technologie de la blockchain facilitent la prise de référence et uniformisent les compétences des candidats. Cette technologie permet de sécuriser la gestion des RH par l’authentification des compétences des candidats. Le suivi de carrière de ceux-ci est ainsi facilité et accessible directement en ligne. Le « learnchain », un projet dérivé de la blockchain, développe par ailleurs un système collectif intéressant d’authentification des connaissances en anticipant sur les besoins nécessaires en formation.

✔️ Les outils de l’IA au service des technologies pour capitaliser les profils sur les réseaux sociaux. Il existe un grand nombre d’outils pour rechercher des candidats, en particulier les différents réseaux sociaux. En 2025, les outils qui seront capables de centraliser toutes les informations des différentes technologies sur une seule et même plateforme seront les plus sollicités. Google Hire et Recruitem commencent à proposer cette alternative.

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Faciliter la rencontre avec les candidats aux métiers pénuriques, pourvoir les former, les suivre dans le temps, recruter en masse et toujours penser à valoriser sa marque employeur : Voici les stratégies gagnantes des agences d’intérim dans les futures années. Le souci d’équité et de recrutement durable seront des éléments à prendre en compte mais également celui de la flexibilité du marché du travail. Les agences d’intérim souffrent parfois de leur image obsolète offrant des postes peu qualifiés. Pour gagner des parts de marché, les acteurs qui réussiront à attirer de nombreux candidats aux profils variés avec des outils innovants pourront donc aborder ces prochaines années avec plus de sérénité.

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