Le gouvernement souhaite faire de cette crise sanitaire une opportunité pour relancer l’économie de façon pertinente1. Depuis le début de ce nouveau confinement, l’activité économique est maintenue à l’exclusion des commerces dits « non essentiels » tels que les bars, restaurants, autres commerces. Pourtant l’emploi intérimaire persiste. L’activité, qui subissait une baisse de 80 % en mars dernier (en comparaison avec la même période l’année dernière), ne recense qu'une baisse de 5 à 10 % en Novembre2.

Pour autant, toutes ces mesures de reconfinement ne sont pas sans conséquences pour les intérimaires et les agences. Quelles sont celles qui impactent le plus l’activité ? Comment les agences envisagent la sortie de cette crise ? Et plus globalement quelles sont les conséquences du reconfinement sur l’intérim ? Éléments de réponse à travers cet article.

Le retour des attestations pour justifier les déplacements lors du confinement

Depuis début novembre, l’attestation de déplacement professionnel est de nouveau en vigueur. A l’instar du premier confinement, c’est l’agence qui fournit le justificatif de déplacement professionnel pour ses salariés intérimaires. Cette attestation se veut plus souple et n’empêche pas les intérimaires d’exercer leur activité puisqu'ils peuvent circuler d’un département (ou d’une région) à un autre pour motif professionnel. Cette attestation équivaut même à une attestation pour un déplacement permanent.

Les intérimaires peuvent également utiliser l’attestation en cas de déplacements réguliers à des lieux différents (pour le BTP par exemple). Néanmoins, ils doivent fournir toute preuve justifiant ce déplacement (mail, contrat).

💡 Cette attestation de déplacement professionnel peut être téléchargée sur le site interieur.gouv.fr ou en cliquant ici.

Le protocole sanitaire renforcé pour lutter contre la covid-19

La santé et la sécurité des intérimaires reste la priorité absolue des agences. Celles-ci ont avant tout une obligation de sécurité3. A ce titre, entreprises et agences doivent s’armer afin :

  • D’évaluer les risques d’exposition au virus.
  • De mettre en œuvre des mesures de prévention visant à supprimer les risques.
  • De réduire les risques d’exposition.

Les entreprises utilisatrices ont également à leur charge la sécurité des intérimaires. Le protocole sanitaire strict reste en vigueur pour limiter la propagation du virus4. Cependant, la mise en application des distanciations sociales devient une réelle problématique sur le terrain.

📢 Ludovic, intérimaire, reste vigilant quant à ce protocole :

« Quant à ma sécurité, les entreprises utilisatrices, en général, me fournissent 10 masques par semaines. La distanciation sociale frôle l'impossible. L'avantage de ne pas être bavard, c'est que je ne reste jamais longtemps près des gens. »

Le recours au télétravail préconisé pendant le reconfinement

Working from Home

Tous les salariés intérimaires ne sont pas égaux en termes de sécurité. Pour ceux dont les activités peuvent s’exercer à distance, une obligation s’impose : Le télétravail. Toutefois, il convient de nuancer et de préciser certaines règles5:

  • Un intérimaire pouvant effectuer toutes ses tâches en télétravail doit le réaliser 5 jours sur 5.
  • Si son emploi l’oblige, il peut se rendre à 50 % de son temps sur le site de l’entreprise (pour les ingénieurs par exemple).
  • L’intérimaire qui ne peut télétravailler (BTP, Industrie) doit poursuivre son activité sur site dans le strict respect des règles.

Le télétravail n’est en soit, pas une obligation mais le gouvernement le recommande. L’employeur qui le refuse peut-être sanctionné pour manquement à son obligation de sécurité. Au sein même du domaine intérimaire, l’agence et l’entreprise utilisatrice ont cette responsabilité. L’agence doit même conseiller et inciter ses clients à respecter cette recommandation même s'il peut être délicat pour les agences de travail temporaire de sensibiliser leurs clients sans les heurter.

En comparaison avec nos voisins anglo-saxons, la France est plus frileuse à l’égard du télétravail, son instauration est davantage controversée car elle fait face à des habitues ancrées par un travail en présentiel. La crise sanitaire continue donc de faire bousculer les comportements et les croyances avec des entreprises qui doivent désormais apprendre à s’adapter sans cesse aux diverses mesures.

Des aides à la formation pour aider le personnel intérimaire pendant le confinement

Le 10 juillet dernier, les partenaires sociaux se sont réunis en commission. Leur objectif étant d’assouplir les conditions de mise en œuvre de la préparation opérationnelle à l’emploi collective (POEC). Le but de cette POEC est de sécuriser l’employabilité des intérimaires en favorisant des actions de formations telles que l’acquisition de soft skills ou d’apprentissage de la langue Française. A l’aide d’un diagnostic sur 4 bassins d’emplois, elle met en exergue les principales différences entre offre et demande d’emploi. Ces données seront utiles pour les agences d’intérim dans le cadre de la mise en place d’une GPEC efficace.

Des dispositifs de formation se renforcent et s’adaptent afin de répondre aux besoins en formations des entreprises et salariés. Cette année aura notamment permis aux agences de proposer aux intérimaires de plus en plus de MOOCS (formations en ligne) sur des métiers spécifiques et pénuriques. Depuis quelques mois, les agences axent d'ailleurs leur politique de fidélisation vers l'enrichissement de leur offre de formations. Le monde du travail évolue rapidement, à tel point que 30 % des métiers devraient disparaître d’ici 2030 ou 20256, autant de mutations que les agences doivent rapidement prévoir pour former leur personnel et les préparer à l'avenir.

La prolongation du dispositif de recours à l’activité partielle pour pallier les conséquences du reconfinement

Finalement, le dispositif d’activité partielle reste en vigueur jusqu’au 31 décembre 20207. Pour rappel ce dispositif s’applique aux établissements faisant l’objectif d’une fermeture administrative. L’agence d’intérim peut donc demander l’autorisation à la Direccte de placer ses intérimaires en activité partielle sous certaines conditions :

  • Les salariés de l’entreprise utilisatrice sont également en chômage partiel.
  • Les contrats de missions sont suspendus ou rompus.

Des conséquences pour l’emploi moindres pour ce reconfinement

Pendant le premier confinement, tous les secteurs de l’intérim ont été durement touchés. L’agro-alimentaire, le transport / la logistique, la grande distribution et la pharmacie sont les seuls secteurs à avoir résisté. La reprise tant attendue de septembre continue de s’opérer.

📢 Arnaud, étudiant intérimaire se veut rassurant pour ce nouveau confinement.

« Je peux quand même vous dire que dans les filières du bâtiment et des travaux publics il y a toujours une forte demande. Les entreprises continuent de rechercher de la main-d’œuvre. Je pense que ces secteurs ne sont pas bouchés malgré le confinement. ».

Autre constatation, le e-commerce a le vent en poupe depuis quelques semaines. Les fêtes approchent et les commerces de proximité sont à l’arrêt, par conséquent les recrutements intérimaires s’enchaînent. Certains organismes tels que La Poste sont surchargés. La demande d’intérimaires s’accroît pour assurer la prise en charge des colis.

Finalement, les chiffres parlent d’eux même. D’après Dares-Emploi, à la rentrée 2020 l’activité intérimaire avait retrouvé son niveau d’avant crise. On dénombre ainsi 713 502 intérimaires en poste pour 796 313 en février dernier.


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Malgré des niveaux d'activité plutôt encourageant, le futur proche du travail temporaire reste très dépendant des décisions du gouvernement. Certes, à l’approche des fêtes de Noël les industries et les commerces risquent davantage de plébisciter les intérimaires8 mais pour combien de temps ? Les commerces étant (pour le moment) toujours fermés, les agences devront-elles s’organiser en l’espace de quelques jours comme en mai ? Sont-elles prêtes à faire face à une nouvelle reprise pour les postes considérés actuellement comme non essentiels ?

Des éléments de réponses seront annoncées ce mardi 24 novembre par Emmanuel Macron mais la relance de l'économie souhaitée par le gouvernement risque de se faire sur la durée. Les agences devront donc s’armer à court et long terme pour pérenniser leur activité.

Le 1erconfinement était signe d’adaptation (entretiens en visio, prise en main de nouveaux outils digitaux...). Les agences devaient avant tout réagir et trouver de nouveaux clients. Aujourd’hui, le reconfinement n’a pas de conséquences dramatiques d’un point de vu économique mais le prochain défi sera de vérifier si les formations proposées aux intérimaires permettent de pallier des besoins en recrutement vacants. Elles devront également vérifier l’efficacité de l’imposition du télétravail auprès des intérimaires. Finalement, c’est globalement l’occasion pour celles-ci de commencer à mettre en application leur transition numérique à long terme.

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(1) Gouvernement.fr

(2) France Bleu - Novembre 2020

(3) Travail-Emploi.Gouv - Août 2020

(4) Service-Public - Octobre 2020

(5) Gouvernement.fr - Novembre 2020

(6) Pôle Emploi

(7) Boursorama.com - Novembre 2020

(8) Actu Bretagne - Septembre 2020